© Georges-Emmanuel ARNAUD

Tout commence par un post LinkedIn. Rien de très spectaculaire, en apparence. Je vois passer une dynamique autour de Noor-Sharina Grondin, je lis, je comprends vite, et sans trop réfléchir — ce qui est souvent le début des bonnes idées ou des mauvaises — je l’ajoute et je lui écris. Un message assez simple : est-ce que tu voudrais faire une résidence en Martinique ?

Dit comme ça, forcément, ça questionne. Quelqu’un que tu ne connais pas vraiment, basé loin, qui te propose une résidence un peu sortie de nulle part… ça peut ressembler soit à une belle opportunité, soit à quelque chose d’un peu suspect. Et puis surtout, détail important : cette proposition correspond exactement à ce qu’elle cherche. Venir en Martinique pour son travail de thèse. Et parfois, quand la réalité colle un peu trop bien au désir, on se demande si on y a vraiment droit.

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Alors on prend le temps. Plusieurs visios, des échanges, des ajustements. Et puis, à un moment, elle dit oui.

Quelques temps plus tard, elle est là. En Martinique. Le même jour où Gareth Taylor repart. Deux résidents qui se croisent à l’aéroport, le temps d’une photo, presque comme un passage de relais improvisé. C’est beau, mais c’est aussi un peu sportif. Probablement le genre de configuration qu’on vit une fois, et qu’on regarde ensuite avec un sourire en se disant : “ok, on a testé”.

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Très vite, on comprend que cette résidence ne sera pas classique. Pas de livrable, pas d’objet à produire. Un terrain. Noor-Sharina est chercheuse, elle travaille sur le shatta, et moi… disons que je ne suis pas exactement la personne la plus légitime pour en parler pendant des heures. Ce qui rend la situation assez intéressante : je ne suis pas là pour lui expliquer, mais pour lui permettre de rencontrer. Ouvrir des portes, créer des conditions, accompagner. Et parfois, simplement être là.

On mange ensemble, on se déplace ensemble, on enchaîne les rendez-vous, on parle — beaucoup. Et sans vraiment s’en rendre compte, quelque chose s’installe. Une forme de quotidien partagé. Après son retour, elle m’écrit qu’on a vécu ensemble. Et c’est exactement ça. Pas une résidence à distance, pas une succession de moments fragmentés, mais une immersion dense, continue, presque totale.

On traverse les lieux, les personnes, les contextes. Tropiques Atrium pour commencer à situer les choses, l’université, les échanges avec le doyen, les discussions avec sa directrice de thèse. Et puis surtout, le terrain : Blicassty, Régi, PSK, Ven’L, General Shizzle, VLG Rocki. Des noms, mais surtout des voix, des présences, des réalités qui donnent corps à son sujet. À chaque rencontre, quelque chose se précise. Et moi, au passage, je découvre une partie de ma propre culture que je connaissais finalement assez peu. Comme quoi, il faut parfois accompagner quelqu’un pour apprendre soi-même.

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À un moment, on en vient à en rire. Références communes, manga, jeux vidéo. Et sans trop savoir comment, je me retrouve dans une position de senpai. Pas officielle, pas revendiquée, mais là. Une position liée au territoire, à l’expérience, à l’écart d’âge peut-être. Quelque chose de simple, de naturel. Et étrangement juste.

Ce que cette résidence m’a appris est assez clair. J’avais déjà compris ce que cet outil pouvait faire pour nous : créer, structurer, transmettre. Mais je n’avais pas encore mesuré ce qu’il pouvait faire pour l’autre. De manière très concrète. Accompagner un travail de recherche, faciliter un terrain, accélérer des rencontres, rendre possible ce qui, autrement, aurait pris des mois. Pas des intentions. Des conditions.

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Le mot qui reste, c’est peut-être celui-là : édifiant.

Depuis, Noor-Sharina a continué son chemin. Invitée sur France Inter, publications, visibilité. Et quelque part, une partie de cette trajectoire est passée par ici, dans ce moment un peu suspendu où tout s’est aligné sans que ce soit complètement prévu.

Au fond, cette résidence n’a rien produit de visible. Pas d’objet, pas de forme. Mais elle a produit du réel. Des liens, des accès, des déplacements. Et pour moi, une idée très simple : parfois, envoyer un message un peu trop direct sur LinkedIn, c’est exactement ce qu’il fallait faire.

Noor-Sharina Grondin

Un message lancé presque par instinct, un oui qui hésite, puis un voyage. Avec Noor-Sharina Grondin, la résidence devient mouvement : rencontres, chaleur, voix, territoires. Ici, la recherche ne se regarde pas — elle s’éprouve, se traverse, et parfois, se partage comme une vie.

créer, penser, transmettre

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