C’est sans doute la résidence la plus étrange — ou la plus honnête — que j’ai vécue.

Étrange, parce qu’elle échappe à tout ce qu’on imagine habituellement.
Pas de projet clairement défini, pas de production, pas d’objectif à livrer.
Rien qui rassure une lecture académique ou institutionnelle.

Et pourtant, tout est là.

Pendant une semaine, Gareth et moi avons parlé.
Beaucoup.
Cinq à six heures par jour, parfois plus.

On a parlé de tout — et surtout de ce qui ne se formalise pas facilement.
Des studios, oui, mais pas seulement comme des lieux : comme des espaces vivants. La hauteur sous plafond, le marquage au sol, le dedans, le dehors.
Les équipes. Les rôles. Qui regarde, qui décide, qui organise, qui exécute.
La place du comédien dans tout ça.
Sa place à lui.

© Georges-Emmanuel ARNAUD
© Georges-Emmanuel ARNAUD

Il m’a raconté son parcours, son rapport au corps, son passé de gymnaste.
Et là, quelque chose devient clair : ce métier, chez lui, ne repose pas seulement sur une technique, mais sur une conscience. Une écoute fine de ce que le corps peut faire, de ce qu’il dit, de ce qu’il encaisse aussi.

Et moi, en face, je réalise que j’étais venu chercher des réponses…
et que je repars surtout avec des déplacements.

Parce que cette semaine a fait tomber pas mal d’idées que je m’étais construites.
Souvent, sans m’en rendre compte, dans une forme de comparaison un peu absurde — comme cette grenouille qui veut être aussi grosse que le bœuf.

Et Gareth, sans jamais le dire frontalement, m’a remis à une place plus juste.

Pas plus petite.
Plus juste.

Pas celle de ce que je n’ai pas.
Mais celle de ce que je fais avec ce que j’ai.

Et ça change tout.

© Georges-Emmanuel ARNAUD
© Georges-Emmanuel ARNAUD

Alors oui, on a aussi bougé.
On a traversé la Martinique, rencontré des gens, partagé des moments.
Mais au fond, l’essentiel s’est joué ailleurs.

Dans la parole.
Dans l’écoute.
Dans cet espace un peu rare où deux personnes prennent le temps de déposer leurs expériences, leurs doutes, leurs visions du monde.

Une forme de résidence qui ne produit pas d’objet, mais qui transforme.

À la fin, il a utilisé une expression : “we did bond.”
Je ne sais pas exactement comment le traduire.
Se lier ? Se souder ? Faire corps, peut-être.

Mais c’est exactement ça.

Quelque chose s’est créé.
Quelque chose de simple, de solide, d’humain.

© Georges-Emmanuel ARNAUD
© Georges-Emmanuel ARNAUD

Et dans ce lien, une question plus large s’est dessinée :
comment faire grandir un territoire en le mettant en relation avec des trajectoires qui viennent d’ailleurs, sans jamais chercher à les imiter, mais en les laissant résonner ?

Son départ s’est fait tard, comme souvent.
Et juste avant, deux moments.

Une présentation de cette démarche, de ce que nous faisons ici autour de la motion capture — entre création, recherche et santé — rendue possible grâce à Axel Artheron.

Puis, presque comme un clin d’œil, en arrivant à l’aéroport : Noor-Sharina qui arrive, Gareth qui repart.

Un passage de relais.
Presque chorégraphié.

Une résidence qui se termine exactement au moment où une autre commence.

Merci à Gareth Taylor pour ça.
Pour la générosité, la précision, l’écoute.
Et cette manière de partager sans jamais retenir.

Gareth TAYLOR

Une semaine à parler, à écouter, à déplacer les certitudes. Avec Gareth Taylor, la résidence devient un espace rare : sans production, sans objectif, mais profondément transformateur — là où les trajectoires se croisent, et où quelque chose, simplement, se lie.

créer, penser, transmettre

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