La résidence de Silvia commence presque comme une évidence… mais une évidence qui met un peu de temps à se révéler.
Au départ, nos échanges sont assez directs.
On parle de motion capture, de transmission, de formation. De ce qu’on peut partager, de ce qu’on peut construire. Quelque chose de structuré, presque attendu.
Et puis, au fil des conversations, quelque chose glisse.
On se rencontre à Paris, entre deux trajets, avec Jérémie Sonnelier. On discute, on affine, et surtout, je découvre une réalité que je connaissais sans vraiment la regarder : celle du comédien en motion capture.
On arrive sur un plateau, on joue, on donne, et on repart.
Comme au théâtre, comme au cinéma — sauf qu’ici, le corps est encore plus engagé, encore plus technique, encore plus précis. Et pourtant, dès qu’il s’agit de porter un projet personnel, tout devient plus complexe. Parce qu’il faut tout recréer. Les conditions, les outils, les équipes, le temps.
Et à un moment, Silvia me parle d’un projet à elle.
Un projet qu’elle n’a pas encore vraiment eu le temps de faire exister.
Et là, presque instinctivement, je lui dis :
viens en résidence.
Pas pour produire.
Pas pour répondre à une commande.
Mais pour écrire.
C’est comme ça que naît, presque sur le moment, cette idée de résidence d’écriture cinématique.
Un terme un peu hybride, entre jeu vidéo et cinéma, pour parler de ces moments où le jeu devient narration, où le mouvement devient intention, où l’on fabrique des scènes qui ne sont pas encore des œuvres, mais déjà des mondes.
Et pendant cette résidence, on écrit.
Pas avec des mots seulement, mais avec des corps, des images, des fragments.
Chaque jour, une scène.
Chaque jour, une tentative.
Entre deux temps de travail, on traverse la Martinique.
On découvre, on échange, on relie.
On passe par Tropiques Atrium, où la rencontre avec Corinne Balian ouvre un autre espace : celui de la transmission. Présenter la motion capture, non pas comme une technologie lointaine, mais comme une pratique vivante, accessible, pensée.
Puis il y a le lycée Lycée Victor Anicet
Et là, quelque chose se passe.
La présentation se transforme.
Ça déborde.
Les élèves reconnaissent, questionnent, s’enthousiasment.
Très vite, ça ne ressemble plus à une intervention classique.
Ça ressemble presque à une mini Comic Con improvisée.
Photos, échanges, regards brillants.
Et surtout, une prise de conscience.
Ce public est déjà là.
Des joueurs, des spectateurs, des amateurs d’animation, des personnes profondément connectées aux formes contemporaines de narration. Et face à eux, quelqu’un qui incarne concrètement ces mondes.
Le lien est immédiat.
Et pour moi, c’est une autre découverte.
Un autre déplacement.
Comprendre que ces pratiques, parfois perçues comme lointaines ou spécialisées, sont en réalité déjà intégrées, désirées, attendues.
La résidence de Silvia vient alors confirmer quelque chose de très simple :
Cet outil — la résidence — fonctionne.
Pas seulement pour produire.
Mais pour permettre.
Permettre à un projet personnel d’exister.
Permettre à un territoire de se connecter.
Permettre à des publics de se reconnaître dans des pratiques contemporaines.
Et dans tout ça, il y a aussi une forme de confiance.
Celle de venir travailler ici.
Sur ce territoire qu’on appelle souvent petit.
Petit en taille, peut-être.
Mais pas dans ses dynamiques.
Pas dans ce qui s’y joue.
J’espère qu’elle reviendra.
Avec Jérémie Sennelier cette fois.
Et que ces rencontres continueront.
Avec encore plus de jeunes, encore plus d’échanges, encore plus de cette énergie qui circule quand on apprend ensemble, sans hiérarchie inutile, avec simplement l’envie de faire.